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Plus de papotes

Démarré par Gaetan Absil dans Vos expériences pédagogiques robustes 20:37

Je ne suis pas psychopédagogue, je suis plutôt un formateur pour adultes qui s'est lui-même formé sur le tas et en travaillant avec des psychopédagogues. Je suis aussi un enseignant qui a travaillé (j'aime mieux que pratiquer) dans l'enseignement technique et professionnel, à l'université et en Haute École. Je n’ai aucun titre pédagogique, par l’ombre d’un CAPAES, à part peut-être une formation en dynamique des groupes et en sciences action au Centre de Dynamique des Groupe (CGDAI) et Analyse institutionnelle. Je tire mes pratiques et réflexions pédagogiques de ma formation en anthropologie : dans le sens où j’essaie le plus souvent de comprendre le point de vue de l’autre pour négocier comment accompagner ses apprentissages. Je précise tout cela pour bien poser mon point de vue.

Quels rapports avec la robustesse ?

Tout d’abord, lien très important dans la conception de l’anthropologie et de la pédagogie comme un acte de résistance. Résistance à la barbarie qui vient, selon Stengers. C’est peut-être la seule chose à laquelle je tiens dans mes pratiques pédagogiques. Donc, la robustesse, c’est presque une manière de voir et de comprendre le monde que je propose, sans jamais l’imposer. De manière transversale, plus ou moins explicitement, je tiens à cette posture de résistance ou d’esprit critique dans mes pratiques pédagogiques : une capacité à voir le monde autrement, d’adopter de multiples points de vue.

En lisant cette nouvelle conversation, je me dis qu’il y a aussi toutes mes tentatives de robustesse qui ont été un échec. Les dispositifs que je pensais intéressant qui n’ont pas eu les effets imaginer, voir qui a généré du stress ou des échecs chez les apprenants. Ce que je veux dire, c’est que la robustesse, c’est aussi ce qui ne l’a pas été et dont j’ai pu apprendre.

Quand je réponds à la question de ce que je trouve robuste, je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai choisi tel exemple ou un autre. J’aurais en fait bien du mal à expliciter ce lien. Je vais choisir le cours à choix chez les Assistants Sociaux : Travail social et interculturalité. Ma première réflexion touche au sens d’un cours à choix. Pourquoi les étudiants l’ont-ils choisi ? Quand je pose la question aux étudiants, ils répondent : pour le stage, par intérêt, par histoire personnelle, pour être avec mon ami et ce n’est pas mon choix. Je me dis pourtant qu’un cours à choix, c’est un moment précieux dans la formation où tout est tellement obligatoire. Ma conception – en lien avec la robustesse – c’est que ce choix – quelle qu’en soit la raison – devrait être relié au plaisir. Pas uniquement d’apprendre, mais aussi simplement d’être là, de venir dans le local inconfortable pour discuter d’interculturalité. Ce cours, c’est un peu une tasse de thé et des biscuits dans un environnement sécure où il n’y a pas de jugement, même pas vraiment de jugement évaluatif qui serait perçu comme une menace.

Il s’agit d’un cours de 20 heures, sur 5 séances de 2 heures, une gageure pour travailler l’interculturalité, mais une possibilité à saisir. Le cours est structuré par une mission chaque séance. Chaque mission est liée à un aspect de l’interculturalité. Chaque séance explore un concept, puis sa mise en œuvre dans des analyses de cas. Les étudiants sont invités à avoir une logique cumulative : ils sont invités à recycler les concepts au fil des séances. Ainsi, un concept vu lors de la première séance pourra être réutilisé pour la troisième, etc.

L’évaluation formelle…. Bof … il n’y en a pas vraiment … et c’est peut-être là que réside l’innovation. Chaque mission permet de remplir un porte-folio, et j’accompagne la réalisation de chaque mission à chaque étape. Au terme du cours, chacun dispose d’un porte-folio validé par mes retours et mon accompagnement. Ce qui suffit à valider le cours. C’était l’idée de base. Puis, en organisant les séances, un phénomène a émergé de ce dispositif. Finalement, le porte-folio était avant tout un prétexte administratif pour satisfaire aux besoins de la délibération. Ce qui a commencé à vraiment être intéressant, ce sont toutes les conversations périphériques aux missions. Sans devoir explicitement organiser des discussions, elles ont lieu spontanément entre les étudiants et moi. Cela m’a frappé quand une étudiante m’a demandé devant le groupe si j’avais déjà été raciste.

Je n’ai pas formalisé ce critère, mais, pour moi, le cours se passe bien s’il y a des discussions spontanées qui mobilisent des croisements de culture, y compris la mienne, parfois des concepts et surtout où la parole est à la fois libérée et mesurée. A cette condition j’estime que l’ensemble du groupe a réussi l’épreuve, et la note est très élevée pour tous. Par libérée et mesurée, j’estime qu’il est possible d’utiliser certains mots sans risquer d’être vu comme un raciste. « Noir » n’est pas un jugement raciste, mais une manière de présenter une personne. Ce qu’ils doivent comprendre, c’est que « d’origine africaine » n’est pas très précis vu la taille du continent … et que c’est tout aussi jugeant.

Tout cela voudrait dire que, dans le cas de ce cours, je relie la robustesse : à l’absence d’évaluation et à des critères d’évaluation très implicites (sur les conversations). Généralement je les remercie et je les félicite à la fin du cours d’avoir eu toute cette conversation périphérique. Paradoxalement, le cœur du cours et des apprentissages réside dans le périphérique, la papote.

Je trouve de la robustesse dans les évaluations du cours avec les étudiants. S’il y a parfois de déception sur le contenu, il y a systématique cette idée : venir à ce cours, c’est de toute façon une pause un peu « chill » dans des journées surchargées.

CC BY SA IFRES - Université de Liège